Les mystères de la chambre d’appel

Les mystères de la chambre d’appel

>Le Parisien > Sports|15 août 2013, 7h00|0

MOSCOU

Deux ans après, Christophe Lemaitre se souvient encore de la décontraction d’Usain Bolt et de Yohan Blake avant la finale mondiale du 100 m à Daegu en Corée du Sud pendant que Jimmy Vicaut et lui-même étaient « assis dans un coin, sans un mot ».

Certains la redoutent, d’autres y jouent un rôle. Mais personne n’échappe à la chambre d’appel, la pièce où se rassemblent les athlètes quarante-cinq minutes avant d’entrer sur la piste. « On vérifie ton maillot, tes chaussures, généralement c’est assez grand pour que tu puisses t’échauffer », décrypte le sauteur en longueur Salim Sdiri.

Il paraît anodin et pourtant, parfois, le passage par la fameuse chambre d’appel vire presque au cauchemar. « Il m’est arrivé un drôle de truc l’an passé avant la série des JO, se souvient Pierre-Ambroise Bossé, finaliste sur 800 m mardi. Bruno Gajer, mon coach, m’accompagne à l’entrée. Je suis bien, je rentre et, là, rideau! Je n’étais plus le même, j’avais peur, je me suis pissé dessus. »

« Tu laisses tes écouteurs et ton téléphone portable à l’entrée, tu te retrouves alors seule face à toi-même », résume la sprinteuse Stella Akakpo. « La chambre d’appel, c’est le couloir de la mort, estime le hurdleur Pascal Martinot-Lagarde. Tu sors de l’échauffement, tu es chaud bouillant et tu vas devoir rester au calme pendant quarante-cinq minutes. C’est long et vide. »

« Ça empeste le stress, reprend Bossé. Les mecs sont là comme des chiens, ils essaient de t’impressionner. » « Certaines filles jouent l’intox en poussant des cris bizarres, se marre Myriam Soumaré, engagée aujourd’hui dans les séries du 200 m. Elles te regardent pour essayer de t’impressionner. Du coup, tu as l’impression qu’elles sont toutes en superforme! Toi, tu te dis : Mince, j’ai bâillé, peut-être qu’elles l’ont vu… »

Avec le temps, certains athlètes font abstraction. « L’intox, ce n’est pas mon truc, alors je n’entre pas dans le jeu malsain que veulent imposer certains compétiteurs. Je fixe le sol », raconte le triple sauteur Teddy Tamgho. D’autres ont des petits trucs. « Les lunettes de soleil, comme les joueurs de poker, signale Yoann Decimus, coureur de 400 m haies. Leslie Djhone et Ladji Doucouré m’ont donné la recette. »

« Je parle avec les bénévoles, je leur demande de m’aider à m’accrocher mon dossard, ça m’évite de penser à ma course », précise Myriam Soumaré. Le décathlonien Kevin Mayer n’a pas ce souci. « En épreuves combinées, on est solidaires les uns des autres, y compris dans la chambre d’appel; alors, il n’y a jamais d’intox. »

Enfin, il y a ceux pour qui le passage dans la chambre d’appel n’est qu’une simple formalité. « Marie-José Perec était très forte, c’est elle qui impressionnait ses adversaires », croit savoir Pascal Martinot-Lagarde. « Rudisha (NDLR : recordman du monde du 800 m) est complètement décontracté, on sent que c’est le patron, raconte Bossé. Quant à Borzakovskiy (ancien champion olympique du 800 m également), il pose son tee-shirt sur la tête, se met contre le mur et dort pendant trente minutes. C’est exceptionnel… »

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